Nombres complexes
Table des matières
- 1. Introduction et définitions
- 2. Les différentes formes d'un nombre complexe
- 3. Opérations sur les complexes
- 4. Conjugué et module
- 5. Racines n-ièmes de l'unité
- 6. Transformations géométriques
- 7. Équations du second degré
- 8. Applications géométriques
- 9. Applications trigonométriques
- 10. Exercices types
1. Introduction et définitions
Les nombres complexes ont été introduits au XVIe siècle pour résoudre des équations du troisième degré. Ils ont été progressivement acceptés et formalisés, notamment par Euler qui a introduit la notation \( i \) pour \( \sqrt{-1} \).
Définition
Un nombre complexe est un nombre de la forme \( z = a + ib \), où :
- \( a \) et \( b \) sont des nombres réels
- \( i \) est le nombre imaginaire tel que \( i^2 = -1 \)
L'ensemble des nombres complexes est noté \( \mathbb{C} \).
Parties réelle et imaginaire
Pour \( z = a + ib \) :
- \( a = \text{Re}(z) \) est la partie réelle de \( z \)
- \( b = \text{Im}(z) \) est la partie imaginaire de \( z \)
Remarque : Tout nombre réel \( a \) peut s'écrire \( a + i\cdot 0 \), donc \( \mathbb{R} \subset \mathbb{C} \).
Représentation dans le plan complexe
Le plan complexe (ou plan d'Argand-Cauchy) permet de représenter géométriquement les nombres complexes :
- L'axe des abscisses représente la partie réelle
- L'axe des ordonnées représente la partie imaginaire
- Le point \( M(z) \) a pour coordonnées \( (a, b) \)
2. Les différentes formes d'un nombre complexe
Forme algébrique
\( z = a + ib \)
Avantages : Facile pour les additions et soustractions
Forme trigonométrique
\( z = r(\cos\theta + i\sin\theta) \)
Avantages : Facile pour les multiplications et rotations
Forme exponentielle
\( z = re^{i\theta} \)
Avantages : Très pratique pour les calculs
Module et argument
Pour \( z = a + ib \neq 0 \) :
- Module : \( |z| = \sqrt{a^2 + b^2} \) (distance à l'origine)
- Argument : \( \arg(z) = \theta \) tel que \( \cos\theta = \frac{a}{|z|} \), \( \sin\theta = \frac{b}{|z|} \)
L'argument est défini modulo \( 2\pi \). On le choisit généralement dans \( ]-\pi, \pi] \) ou \( [0, 2\pi[ \).
Exemple : Passage d'une forme à l'autre
Soit \( z = 1 + i\sqrt{3} \)
Module : \( |z| = \sqrt{1^2 + (\sqrt{3})^2} = \sqrt{1 + 3} = 2 \)
Argument : \( \cos\theta = \frac{1}{2} \), \( \sin\theta = \frac{\sqrt{3}}{2} \) donc \( \theta = \frac{\pi}{3} \)
Formes :
- Trigonométrique : \( z = 2(\cos\frac{\pi}{3} + i\sin\frac{\pi}{3}) \)
- Exponentielle : \( z = 2e^{i\frac{\pi}{3}} \)
Formules d'Euler
\( \cos\theta = \frac{e^{i\theta} + e^{-i\theta}}{2} \quad \) et \( \quad \sin\theta = \frac{e^{i\theta} - e^{-i\theta}}{2i} \)
3. Opérations sur les complexes
3.1 Opérations algébriques
| Opération | Formule | Commentaire |
|---|---|---|
| Addition | \( (a+ib) + (c+id) = (a+c) + i(b+d) \) | Comme les vecteurs dans le plan |
| Multiplication | \( (a+ib)(c+id) = (ac-bd) + i(ad+bc) \) | En développant avec \( i^2 = -1 \) |
| Inverse | \( \frac{1}{a+ib} = \frac{a}{a^2+b^2} - i\frac{b}{a^2+b^2} \) | En multipliant numérateur et dénominateur par le conjugué |
| Division | \( \frac{a+ib}{c+id} = \frac{(a+ib)(c-id)}{c^2+d^2} \) | Même méthode que pour l'inverse |
3.2 Opérations en forme exponentielle
Soient \( z = re^{i\theta} \) et \( z' = r'e^{i\theta'} \) :
- Multiplication : \( z \cdot z' = rr' e^{i(\theta + \theta')} \)
- Division : \( \frac{z}{z'} = \frac{r}{r'} e^{i(\theta - \theta')} \)
- Puissance : \( z^n = r^n e^{in\theta} \) (Formule de Moivre)
- Racine n-ième : Les racines n-ièmes de \( z \) sont \( \sqrt[n]{r} e^{i\frac{\theta + 2k\pi}{n}} \), \( k = 0, 1, ..., n-1 \)
Exemple : Multiplication géométrique
Multiplier par \( i = e^{i\frac{\pi}{2}} \) revient à faire une rotation de \( \frac{\pi}{2} \) dans le sens trigonométrique.
Multiplier par \( 2i = 2e^{i\frac{\pi}{2}} \) revient à faire une rotation de \( \frac{\pi}{2} \) et une homothétie de rapport 2.
4. Conjugué et module
Conjugué d'un complexe
Le conjugué de \( z = a + ib \) est \( \overline{z} = a - ib \).
Géométriquement, c'est le symétrique par rapport à l'axe des réels.
Propriétés du conjugué
- \( \overline{z + z'} = \overline{z} + \overline{z'} \)
- \( \overline{z \cdot z'} = \overline{z} \cdot \overline{z'} \)
- \( \overline{\left(\frac{z}{z'}\right)} = \frac{\overline{z}}{\overline{z'}} \) (si \( z' \neq 0 \))
- \( z + \overline{z} = 2\text{Re}(z) \)
- \( z - \overline{z} = 2i\text{Im}(z) \)
- \( z \cdot \overline{z} = |z|^2 \)
Propriétés du module
- \( |z| \geq 0 \) et \( |z| = 0 \iff z = 0 \)
- \( |z \cdot z'| = |z| \cdot |z'| \)
- \( \left|\frac{z}{z'}\right| = \frac{|z|}{|z'|} \) (si \( z' \neq 0 \))
- \( |z^n| = |z|^n \)
- Inégalité triangulaire : \( |z + z'| \leq |z| + |z'| \)
- \( |\text{Re}(z)| \leq |z| \) et \( |\text{Im}(z)| \leq |z| \)
Démonstration de l'inégalité triangulaire
Soient \( z = a + ib \) et \( z' = a' + ib' \).
\( |z + z'|^2 = (a + a')^2 + (b + b')^2 = a^2 + b^2 + a'^2 + b'^2 + 2(aa' + bb') \)
Or \( aa' + bb' \leq \sqrt{a^2 + b^2} \sqrt{a'^2 + b'^2} = |z||z'| \) (inégalité de Cauchy-Schwarz)
Donc \( |z + z'|^2 \leq |z|^2 + |z'|^2 + 2|z||z'| = (|z| + |z'|)^2 \)
D'où \( |z + z'| \leq |z| + |z'| \).
Cas d'égalité : \( |z + z'| = |z| + |z'| \) si et seulement si \( \arg(z) \equiv \arg(z') [2\pi] \), c'est-à-dire si les points correspondants sont alignés avec l'origine.
5. Racines n-ièmes de l'unité
Définition
Les racines n-ièmes de l'unité sont les solutions complexes de l'équation \( z^n = 1 \).
Elles sont données par : \( \omega_k = e^{i\frac{2k\pi}{n}} \), pour \( k = 0, 1, 2, ..., n-1 \).
L'ensemble des racines n-ièmes de l'unité est noté \( U_n \).
Propriétés des racines n-ièmes de l'unité
- Elles sont situées sur le cercle unité et forment un polygone régulier à n côtés
- La somme des racines n-ièmes de l'unité est nulle : \( \sum_{k=0}^{n-1} \omega_k = 0 \)
- Le produit des racines n-ièmes de l'unité est \( (-1)^{n-1} \)
- Si \( \omega \) est une racine n-ième de l'unité, alors \( \overline{\omega} = \omega^{-1} \) est aussi une racine n-ième de l'unité
Exemple : Racines cubiques de l'unité
Les racines de \( z^3 = 1 \) sont :
- \( \omega_0 = 1 \)
- \( \omega_1 = e^{i\frac{2\pi}{3}} = -\frac{1}{2} + i\frac{\sqrt{3}}{2} \)
- \( \omega_2 = e^{i\frac{4\pi}{3}} = -\frac{1}{2} - i\frac{\sqrt{3}}{2} \)
On note souvent \( j = \omega_1 \). On a alors \( 1 + j + j^2 = 0 \).
Application : Formule de sommation géométrique
Si \( \omega \) est une racine n-ième de l'unité différente de 1, alors :
Cette propriété est souvent utilisée pour simplifier des sommes complexes.
Attention : \( |z| = 1 \) n'implique pas que \( z \) soit une racine n-ième de l'unité. Contre-exemple : \( e^i \) n'est pas une racine n-ième de l'unité car \( \pi \) est irrationnel.
6. Transformations géométriques
Expression complexe des transformations
Soient \( M(z) \) et \( M'(z') \) deux points du plan complexe :
| Transformation | Expression complexe |
|---|---|
| Translation de vecteur \( \overrightarrow{u}(a) \) | \( z' = z + a \) |
| Homothétie de centre \( \Omega(\omega) \), rapport \( k \) | \( z' - \omega = k(z - \omega) \) |
| Rotation de centre \( \Omega(\omega) \), angle \( \theta \) | \( z' - \omega = e^{i\theta}(z - \omega) \) |
| Symétrie centrale de centre \( \Omega(\omega) \) | \( z' = 2\omega - z \) |
| Symétrie axiale d'axe OX (axe réel) | \( z' = \overline{z} \) |
| Symétrie axiale d'axe OY (axe imaginaire) | \( z' = -\overline{z} \) |
Exemple : Composition de transformations
La transformation \( z' = iz + 1 \) est la composée d'une rotation de centre O d'angle \( \frac{\pi}{2} \) et d'une translation de vecteur \( \overrightarrow{u}(1) \).
On peut aussi l'interpréter comme une rotation de centre \( \omega \) tel que \( \omega = i\omega + 1 \), soit \( \omega = \frac{1}{1-i} = \frac{1+i}{2} \).
Formules des demi-arcs
\( e^{i\alpha} + e^{i\beta} = 2\cos\left(\frac{\alpha - \beta}{2}\right) e^{i\frac{\alpha+\beta}{2}} \)
\( e^{i\alpha} - e^{i\beta} = 2i\sin\left(\frac{\alpha - \beta}{2}\right) e^{i\frac{\alpha+\beta}{2}} \)
7. Équations du second degré
Résolution dans \( \mathbb{C} \)
Soit l'équation \( az^2 + bz + c = 0 \) avec \( a \neq 0 \).
On calcule le discriminant \( \Delta = b^2 - 4ac \).
Cas 1 : \( \Delta \geq 0 \)
Deux solutions réelles (éventuellement confondues) :
Cas 2 : \( \Delta < 0 \)
Deux solutions complexes conjuguées :
Relations entre coefficients et racines
Si \( z_1 \) et \( z_2 \) sont les racines de \( az^2 + bz + c = 0 \), alors :
Ces relations sont valables même lorsque les racines sont complexes.
Exemple : Équation à coefficients complexes
Résoudre \( z^2 - (3+i)z + (2+2i) = 0 \).
Discriminant : \( \Delta = (3+i)^2 - 4(2+2i) = 9 + 6i + i^2 - 8 - 8i = 0 - 2i \).
Racine carrée de \( \Delta \) : On cherche \( \delta = x + iy \) tel que \( \delta^2 = -2i \).
En identifiant parties réelle et imaginaire, on trouve \( \delta = 1 - i \) ou \( \delta = -1 + i \).
Solutions : \( z = \frac{3+i \pm (1-i)}{2} \), soit \( z_1 = 2 \), \( z_2 = 1+i \).
8. Applications géométriques
8.1 Points alignés
Trois points distincts \( M_1(z_1) \), \( M_2(z_2) \), \( M_3(z_3) \) sont alignés si et seulement si :
Ce qui équivaut à dire que l'argument de ce quotient est 0 modulo \( \pi \).
8.2 Points cocycliques ou alignés
Quatre points distincts \( A(z_A) \), \( B(z_B) \), \( C(z_C) \), \( D(z_D) \) sont cocycliques ou alignés si et seulement si :
Cette expression est appelée birapport des quatre points.
Exemple : Angle orienté de vecteurs
L'angle orienté \( (\overrightarrow{M_1M_2}, \overrightarrow{M_1M_3}) \) est donné par :
Cette formule est très utile pour démontrer des relations angulaires.
8.3 Cercles et droites
Une droite passant par \( A(z_A) \) et de vecteur directeur \( \overrightarrow{u}(d) \) a pour équation :
Un cercle de centre \( \Omega(\omega) \) et de rayon \( R \) a pour équation :
9. Applications trigonométriques
Formule de Moivre
Pour tout \( n \in \mathbb{Z} \) et tout \( \theta \in \mathbb{R} \) :
Formules d'Euler généralisées
En développant \( (e^{i\theta})^n = e^{in\theta} \) avec la formule du binôme, on obtient :
Application : Linéarisation
Pour linéariser \( \cos^p(\theta) \sin^q(\theta) \), on exprime \( \cos\theta \) et \( \sin\theta \) avec \( e^{i\theta} \) et \( e^{-i\theta} \), puis on développe.
Exemple : \( \cos^3\theta = \left(\frac{e^{i\theta} + e^{-i\theta}}{2}\right)^3 = \frac{1}{8}(e^{3i\theta} + 3e^{i\theta} + 3e^{-i\theta} + e^{-3i\theta}) = \frac{1}{4}\cos(3\theta) + \frac{3}{4}\cos\theta \).
Exemple : Calcul de \( \cos(3\theta) \) et \( \sin(3\theta) \)
D'après Moivre : \( (\cos\theta + i\sin\theta)^3 = \cos(3\theta) + i\sin(3\theta) \)
En développant : \( \cos^3\theta + 3i\cos^2\theta\sin\theta - 3\cos\theta\sin^2\theta - i\sin^3\theta \)
Par identification :
- \( \cos(3\theta) = \cos^3\theta - 3\cos\theta\sin^2\theta = 4\cos^3\theta - 3\cos\theta \)
- \( \sin(3\theta) = 3\cos^2\theta\sin\theta - \sin^3\theta = 3\sin\theta - 4\sin^3\theta \)
10. Exercices types
Exercice 1 — Formes d'un complexe
Soit \( z = \frac{1+i}{1-i\sqrt{3}} \). Donner les formes algébrique, trigonométrique et exponentielle de \( z \).
Exercice 2 — Équation complexe
Résoudre dans \( \mathbb{C} \) : \( z^2 - 2z\cos\theta + 1 = 0 \). Discuter selon les valeurs de \( \theta \).
Exercice 3 — Géométrie
Soient \( A(1) \), \( B(i) \), \( C(-1) \), \( D(-i) \) quatre points du plan complexe. Démontrer que ABCD est un carré.
Exercice 4 — Racines n-ièmes
Calculer les racines cinquièmes de \( -1 + i\sqrt{3} \) sous forme exponentielle.
Exercice 5 — Transformation
Déterminer la nature et les éléments caractéristiques de la transformation \( z' = (1+i)z + 2 - i \).
🔍 Un résultat important : Toute transformation complexe de la forme \( z' = az + b \) avec \( a \neq 0 \) est une similitude directe. Si \( |a| = 1 \), c'est une isométrie (déplacement).