Lois statistiques de la transmission des caractères héréditaires
1) Introduction : pourquoi des lois statistiques de la transmission des caractères ?
Dans le programme de SVT de 2e Bac Sciences Physiques, l’étude de la transmission des caractères héréditaires (couleur des yeux, forme des graines, groupe sanguin…) repose sur l’analyse de grands effectifs d’individus (descendance de croisements, populations) et sur l’utilisation d’outils statistiques (fréquences, pourcentages, probabilités).
On parle de lois statistiques de la transmission des caractères héréditaires parce que les proportions des phénotypes observés dans une descendance ne sont prévisibles qu’en termes de probabilités. On ne peut jamais prédire le phénotype d’un individu isolé avec certitude, mais seulement des proportions globales dans une grande descendance.
- Les lois de Mendel (monohybridisme, dihybridisme) donnent des proportions théoriques de phénotypes (3:1, 9:3:3:1…).
- En pratique, on mesure des fréquences expérimentales qui se rapprochent de ces valeurs lorsque l’effectif de la descendance est suffisamment grand.
Un seul enfant ne permet pas de vérifier une loi héréditaire. On raisonne toujours sur des statistiques de descendance (F1, F2, croisements multiples, populations…).
2) Vocabulaire génétique nécessaire
2.1) Caractère, phénotype, génotype
- Caractère : propriété héréditaire observable (ex. couleur des graines, couleur des yeux).
- Phénotype : ensemble des caractères observables chez un individu (ex. yeux bruns, groupe sanguin A).
- Génotype : ensemble des gènes et allèles portés par l’individu pour ces caractères (ex. \(AA\), \(Aa\), \(aa\)).
2.2) Gène, allèle, locus
- Gène : portion d’ADN responsable d’un caractère héréditaire.
- Allèles : différentes versions d’un même gène (ex. allèle A et allèle a).
- Locus : position précise du gène sur le chromosome.
2.3) Homozygote, hétérozygote, dominance
- Homozygote : les deux allèles d’un gène sont identiques (\(AA\) ou \(aa\)).
- Hétérozygote : les deux allèles sont différents (\(Aa\)).
- Allèle dominant : s’exprime dans le phénotype même en présence d’un allèle différent (ex. A dominant sur a).
- Allèle récessif : ne s’exprime que lorsqu’il est présent en double exemplaire (\(aa\)).
3) Monohybridisme et loi de ségrégation des allèles
3.1) Croisement monohybride : principe
On étudie la transmission d’un seul caractère contrôlé par un gène à deux allèles : \(A\) (dominant) et \(a\) (récessif). Exemple classique : couleur des graines chez le pois.
On croise deux lignées pures :
\[ \text{P} :\quad AA \times aa \] où \(AA\) donne un phénotype dominant (par exemple « jaune ») et \(aa\) un phénotype récessif (par exemple « vert »).
3.2) 1re loi de Mendel : loi d’uniformité de la F1
Le croisement de deux lignées pures qui diffèrent par un caractère (AA × aa) donne une génération F1 génétiquement et phénotypiquement uniforme :
- Génotype de F1 : tous les individus sont \(Aa\).
- Phénotype : tous présentent le caractère dominant.
3.3) 2e loi de Mendel : loi de ségrégation des allèles
En croisant deux individus F1 hétérozygotes (\(Aa \times Aa\)), on obtient une descendance F2 présentant une distribution statistique de génotypes et de phénotypes.
| Gamètes | A | a | |
|---|---|---|---|
| Gamètes | A | AA | Aa |
| a | Aa | aa | |
Proportions théoriques de F2 (grand effectif) :
- Génotypes : \(1\,AA : 2\,Aa : 1\,aa\).
- Phénotypes (si A dominant) : 3 individus au phénotype dominant pour 1 au phénotype récessif, soit une proportion théorique \(3/4\) dominant et \(1/4\) récessif.
La loi de ségrégation suppose que les deux allèles d’un gène se séparent de manière équilibrée et aléatoire dans les gamètes : chaque gamète d’un hétérozygote a une probabilité \(1/2\) de recevoir l’allèle \(A\) ou \(a\).
4) Aspect statistique : effectifs, fréquences et probabilités
4.1) Effectifs et fréquences observées
Lors d’un croisement, on note :
- Effectif total \(N\) : nombre total de descendants observés.
- Effectif d’un phénotype \(n_i\) : nombre d’individus présentant ce phénotype.
- Fréquence ou proportion de ce phénotype : \[ f_i = \dfrac{n_i}{N} \]
Lors d’un croisement monohybride, on observe 80 graines jaunes et 20 graines vertes (N = 100).
- Fréquence du phénotype dominant (jaune) : \(f_{\text{jaune}} = 80/100 = 0{,}80 = 80\%\).
- Fréquence du phénotype récessif (vert) : \(f_{\text{vert}} = 20/100 = 0{,}20 = 20\%\).
Les proportions théoriques mendéliennes pour F2 seraient 75 % jaune, 25 % vert (rapport 3:1). Ici, les valeurs observées (80/20) sont proches du modèle théorique (75/25).
4.2) Probabilités et prédictions
Les lois de Mendel donnent des probabilités théoriques de génotypes et de phénotypes. Pour le croisement \(Aa \times Aa\) :
- Probabilité d’obtenir un génotype \(aa\) : \(1/4\).
- Probabilité d’obtenir un phénotype récessif : \(1/4\).
- Probabilité d’obtenir un phénotype dominant : \(3/4\).
Sur un petit effectif, les fréquences expérimentales peuvent s’éloigner des proportions théoriques. Sur un grand effectif, elles tendent à se rapprocher des probabilités théoriques.
5) Dihybridisme et loi d’assortiment indépendant
5.1) Étude de deux caractères indépendants
On étudie simultanément deux caractères contrôlés par deux gènes indépendants : \(A/a\) et \(B/b\), portés par des chromosomes différents.
On croise deux lignées pures :
\[ \text{P} :\quad AABB \times aabb \] F1 est alors uniforme : tous les individus sont \(AaBb\).
5.2) Croisement dihybride F₁ × F₁
En croisant deux individus F1 \(AaBb \times AaBb\), chaque individu produit quatre types de gamètes en proportion égale : \(AB, Ab, aB, ab\) (principe d’équiprobabilité).
Proportions phénotypiques théoriques (grand effectif) pour un dihybridisme à dominance simple :
- \(9/16\) : phénotype dominant pour les deux caractères (A–B–).
- \(3/16\) : dominant pour A, récessif pour B (A–bb).
- \(3/16\) : récessif pour A, dominant pour B (aaB–).
- \(1/16\) : récessif pour les deux caractères (aabb).
5.3) Règle du produit des probabilités
Si les deux gènes sont indépendants, la probabilité d’obtenir une combinaison particulière de phénotypes est égale au produit des probabilités pour chaque caractère.
Pour \(AaBb \times AaBb\), probabilité d’un individu double récessif (aabb) :
- Probabilité d’être récessif pour A : \(1/4\).
- Probabilité d’être récessif pour B : \(1/4\).
- Probabilité d’être récessif pour A et B : \[ P(\text{aabb}) = 1/4 \times 1/4 = 1/16. \]
6) Situations particulières : dominance incomplète, codominance (aperçu)
6.1) Dominance incomplète
Dans certains cas, l’hétérozygote présente un phénotype intermédiaire entre les deux homozygotes. On parle de dominance incomplète.
Si \(RR\) = fleurs rouges, \(rr\) = fleurs blanches, alors \(Rr\) = fleurs rosées. Le croisement \(Rr \times Rr\) donne en F2 :
- 1/4 rouge (RR) ;
- 1/2 rosé (Rr) ;
- 1/4 blanc (rr).
6.2) Codominance
En codominance, deux allèles différents s’expriment simultanément chez l’hétérozygote. Exemple : le système ABO chez l’être humain (allèles A, B, O).
Ces situations modifient les proportions phénotypiques attendues, mais l’analyse reste statistique : on exploite toujours des fréquences dans la descendance.
7) Exploitation des lois statistiques en génétique
7.1) Utilisation des tableaux de croisement
Les tableaux de croisement (carrés de Punnett) permettent de :
- Prédire les proportions théoriques de génotypes et de phénotypes.
- Comparer ces proportions aux fréquences observées dans un exercice ou une expérience.
7.2) Croisement test (test-cross)
Un croisement test consiste à croiser un individu de phénotype dominant, mais de génotype inconnu (AA ou Aa), avec un individu de génotype homozygote récessif (aa).
- Si tous les descendants ont le phénotype dominant → parent dominant probablement \(AA\).
- Si on observe ≈ 50 % dominants / 50 % récessifs → parent dominant \(Aa\).
7.3) Arbres de probabilité
On peut représenter les probabilités sous forme d’arbres : chaque embranchement correspond au choix d’un allèle dans un gamète, ce qui aide à visualiser les différentes combinaisons possibles.
8) Exercices d’application (10) avec solutions détaillées
Exercice 1 — Vocabulaire de base
On étudie la couleur des fleurs chez une plante. Le gène correspondant possède deux allèles : \(R\) (rouge) dominant et \(r\) (blanc) récessif.
- Définir : caractère, phénotype, génotype, allèle.
- Donner un exemple de phénotype et de génotype possible pour cette plante.
1)
- Caractère : couleur des fleurs.
- Phénotype : aspect observable (fleurs rouges ou blanches).
- Génotype : constitution allélique pour ce gène (RR, Rr ou rr).
- Allèle : version du gène, ici R ou r.
2) Exemples :
- Phénotype « fleurs rouges » : génotype possible RR ou Rr.
- Phénotype « fleurs blanches » : génotype rr.
Exercice 2 — Loi d’uniformité de la F₁
On croise deux lignées pures de plantes : \(RR\) (rouge) et \(rr\) (blanc).
- Donner les gamètes produits par chaque parent.
- Déterminer le génotype et le phénotype de la F1.
- Nommer la loi illustrée par ce résultat.
1)
- Parent \(RR\) : gamètes porteurs de R seulement.
- Parent \(rr\) : gamètes porteurs de r seulement.
2) F1 : tous les descendants sont \(Rr\) (phénotype rouge).
3) On illustre la loi d’uniformité de la F₁ : la descendance est génétiquement et phénotypiquement uniforme.
Exercice 3 — Monohybridisme : proportions théoriques
On réalise le croisement \(Rr \times Rr\) pour la couleur des fleurs.
- Construire le tableau de croisement génotypique.
- Donner les proportions théoriques de génotypes et de phénotypes en F2.
1) Gamètes de chaque parent : R et r (probabilité 1/2).
Combinaisons : RR, Rr, Rr, rr.
2)
- Génotypes : \(1/4\,RR\), \(1/2\,Rr\), \(1/4\,rr\).
- Phénotypes : \(3/4\) rouges (RR ou Rr), \(1/4\) blancs (rr).
Exercice 4 — Fréquences observées et modèle théorique
Lors d’un croisement \(Rr \times Rr\), on obtient 160 fleurs rouges et 40 fleurs blanches.
- Calculer les fréquences observées des phénotypes.
- Comparer avec les proportions théoriques (3:1).
- Conclure.
1) Effectif total \(N = 200\).
- Rouges : \(160/200 = 0{,}80 = 80\%\).
- Blanches : \(40/200 = 0{,}20 = 20\%\).
2) Théoriquement : 75 % rouges, 25 % blanches.
3) Les valeurs observées (80/20) sont proches du modèle. Les écarts s’expliquent par le caractère probabiliste de la transmission.
Exercice 5 — Dihybridisme et loi 9:3:3:1
On considère deux gènes indépendants \(A/a\) et \(B/b\). On croise deux individus F1 \(AaBb \times AaBb\).
- Combien de types de gamètes un individu \(AaBb\) peut-il produire ?
- Rappeler les proportions phénotypiques attendues si A et B sont dominants.
1) Un individu \(AaBb\) produit 4 types de gamètes : AB, Ab, aB, ab (chacun avec probabilité 1/4).
2) Proportions phénotypiques théoriques (si dominance simple) :
- 9/16 : dominants pour A et B ;
- 3/16 : dominant pour A, récessif pour B ;
- 3/16 : récessif pour A, dominant pour B ;
- 1/16 : récessifs pour A et B.
Exercice 6 — Utilisation de la règle du produit
Dans le croisement précédent \(AaBb \times AaBb\), calculer la probabilité d’obtenir un individu double récessif (aabb) à l’aide de la règle du produit.
Probabilité d’être récessif pour A : \(1/4\). Probabilité d’être récessif pour B : \(1/4\).
Les gènes étant indépendants : \[ P(\text{aabb}) = 1/4 \times 1/4 = 1/16. \]
Exercice 7 — Croisement test
Une plante de phénotype dominant pour un caractère contrôlé par le gène \(A/a\) présente soit le génotype \(AA\), soit \(Aa\). On la croise avec une plante \(aa\).
- Donner la descendance attendue si la plante dominante est \(AA\).
- Même question si elle est \(Aa\).
- Comment interpréter expérimentalement un résultat 50 % dominant / 50 % récessif ?
1) \(AA \times aa\) → tous les descendants sont \(Aa\) (phénotype dominant).
2) \(Aa \times aa\) → 1/2 \(Aa\) (dominants) et 1/2 \(aa\) (récessifs).
3) Si l’on observe environ 50 % de phénotypes dominants et 50 % récessifs, cela indique que le parent dominant est hétérozygote \(Aa\).
Exercice 8 — Dominance incomplète
Chez une plante, la couleur des fleurs est contrôlée par le gène \(R/r\) :
- RR : rouge ;
- Rr : rose ;
- rr : blanc.
- Quel type de relation existe entre R et r ?
- Quelles sont les proportions phénotypiques théoriques en F2 pour le croisement \(Rr \times Rr\) ?
1) L’hétérozygote présente un phénotype intermédiaire (rose) : il s’agit de dominance incomplète.
2) Pour \(Rr \times Rr\) :
- 1/4 RR → rouge ;
- 1/2 Rr → rose ;
- 1/4 rr → blanc.
Exercice 9 — Lecture de pourcentages
Dans une descendance issue d’un croisement monohybride, on observe 72 % d’individus au phénotype dominant et 28 % au phénotype récessif.
- À quel modèle théorique simple ces valeurs peuvent-elles être rapprochées ?
- Proposer un croisement possible expliquant ce résultat.
1) Les valeurs 72 % / 28 % sont proches du rapport 75 % / 25 % (3:1), attendu pour un croisement monohybride \(Aa \times Aa\).
2) Un croisement possible est celui de deux hétérozygotes \(Aa \times Aa\) pour un gène à dominance simple.
Exercice 10 — Rédaction d’un bilan statistique
Rédiger un paragraphe (6–8 lignes) qui explique en quoi les lois de Mendel sont des lois statistiques de la transmission des caractères héréditaires.
Les lois de Mendel ne permettent pas de prédire avec certitude le phénotype d’un individu isolé, mais elles donnent des probabilités d’apparition des différents phénotypes dans une descendance nombreuse. Par exemple, pour le croisement \(Aa \times Aa\), la loi de ségrégation prévoit un rapport théorique 3:1 entre phénotypes dominant et récessif. Les fréquences réellement observées peuvent s’en écarter sur un petit effectif, mais elles se rapprochent de ce modèle sur un grand nombre de descendants. Ainsi, les lois de Mendel sont des lois statistiques basées sur la répartition aléatoire des allèles dans les gamètes et sur la fécondation au hasard.
9) Bilan pour le Bac — Lois statistiques de la transmission des caractères
- Les caractères héréditaires sont déterminés par des gènes qui peuvent exister sous différentes formes appelées allèles. Les individus peuvent être homozygotes ou hétérozygotes.
- Les lois de Mendel (monohybridisme, dihybridisme) donnent des proportions théoriques de génotypes et de phénotypes (3:1, 1:2:1, 9:3:3:1…) dans la descendance.
- La transmission des allèles est aléatoire (équiprobabilité des gamètes, fécondation au hasard), ce qui fait des lois de Mendel des lois statistiques.
- Les proportions observées sur un grand nombre de descendants se rapprochent des valeurs théoriques ; sur un petit effectif, des écarts sont possibles.
- Les outils statistiques (effectifs, fréquences, pourcentages, tableaux de croisement, arbres de probabilité, croisements tests) permettent d’interpréter les résultats expérimentaux et de déduire les génotypes parentaux.
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