Transformations forcées (Électrolyse)

1) Introduction : transformation forcée par courant électrique

L’électrolyse est une transformation forcée d’un système chimique sous l’action d’un générateur qui impose un courant. Contrairement à une pile (transformation spontanée), on consomme de l’énergie électrique pour réaliser une réaction d’oxydoréduction dans le sens non spontané.

Cellule d’électrolyse : enceinte contenant l’électrolyte (solution ionique/fusion salée) et deux électrodes reliées à un générateur. Anode = borne reliée au \(+\) du générateur (oxydation) ; Cathode = borne reliée au \(−\) (réduction).

Au Bac : savoir prévoir les demi-équations à chaque électrode, écrire la réaction globale, appliquer les lois de Faraday et raisonner sur la sélectivité (eau, ions concurrents, surtension).

2) Schéma fonctionnel et sens des transferts

  • Le sens électrons dans le fil : de la borne négative du générateur vers la cathode, puis à travers l’électrolyte jusqu’à l’anode.
  • Le sens courant conventionnel est opposé aux électrons.

3) Lois de Faraday de l’électrolyse

(1ʳᵉ loi) : la masse \(m\) de matière transformée est proportionnelle à la charge électrique \(Q\) passée : \(\boxed{m \propto Q}\).

(2ᵉ loi) : pour une même charge \(Q\), les masses déposées sont proportionnelles aux équivalents électrochimiques : \(\displaystyle m=\frac{M}{nF}\,Q\), où \(M\) est la masse molaire, \(n\) le nombre d’électrons échangés par mole, \(F=96485\,\mathrm{C\,mol^{-1}}\).

\(\displaystyle Q=I\,t\) ; nombre de moles transformées \(\displaystyle \nu=\frac{Q}{nF}\) ; masse déposée \(\displaystyle m=M\,\nu=\frac{M}{nF}It\).

4) Sélectivité : espèces en compétition et surtension

  • À la cathode : on réduit l’espèce au potentiel d’apparition le plus favorable. En solution aqueuse, la réduction de l’eau (\(2\mathrm{H_2O}+2e^- \to \mathrm{H_2}+2\mathrm{OH^-}\), \(E^\circ\approx -0{,}83\,\mathrm{V}\) à pH 7) peut concurrencer la réduction des cations.
  • À l’anode : oxydation possible de l’anion ou de l’eau (\(2\mathrm{H_2O}\to \mathrm{O_2}+4\mathrm{H^+}+4e^-\)).
  • Surtension (surpotentiel) : barrière cinétique supplémentaire ⇒ tension pratique plus grande que la valeur thermodynamique.
  • Paramètres influents : nature des électrodes (inerte vs soluble), concentrations, pH, température, intensité \(I\), agitation.
Toujours écrire plusieurs candidats aux électrodes et choisir la demi-équation la plus plausible en milieu aqueux (avec l’eau) et selon la nature des électrodes.

5) Exemples classiques (programme)

A) Électrolyse de \(\mathrm{CuSO_4(aq)}\)

Électrodes inertes (graphite/Platine) :

  • Cathode (réduction) : \(\mathrm{Cu^{2+}}+2e^- \to \mathrm{Cu(s)}\) (dépôt cuivrique)
  • Anode (oxydation) : \(\mathrm{2H_2O}\to \mathrm{O_2}+4\mathrm{H^+}+4e^-\) (ou \(\mathrm{SO_4^{2-}}\) reste spectateur)
  • Bilan (en milieu globalement neutre) : dépôt de Cu, dégagement de \(\mathrm{O_2}\).

Électrodes de Cu (anode soluble) :

  • Anode : \(\mathrm{Cu(s)}\to \mathrm{Cu^{2+}}+2e^-\) (la solution s’enrichit en \(\mathrm{Cu^{2+}}\))
  • Cathode : dépôt \(\mathrm{Cu^{2+}}+2e^-\to \mathrm{Cu(s)}\)
  • Raffinage électrolytique : transfert net du cuivre de l’anode impure vers la cathode.

B) Électrolyse de l’eau acidifiée

  • Cathode : \(2\mathrm{H^+}+2e^-\to \mathrm{H_2}\uparrow\)
  • Anode : \(\mathrm{H_2O}\to \tfrac{1}{2}\mathrm{O_2}+2\mathrm{H^+}+2e^-\) (ou \(2\mathrm{H_2O}\to \mathrm{O_2}+4\mathrm{H^+}+4e^-\))
  • Globale : \(2\mathrm{H_2O}\to 2\mathrm{H_2}+\mathrm{O_2}\) (besoin d’un électrolyte pour conduire).

C) Saumure \(\mathrm{NaCl(aq)}\) (aperçu)

  • Anode : \(2\mathrm{Cl^-}\to \mathrm{Cl_2}+2e^-\) (souvent favorisé face à \(\mathrm{O_2}\) selon conditions/surtensions)
  • Cathode : \(2\mathrm{H_2O}+2e^-\to \mathrm{H_2}+2\mathrm{OH^-}\)
  • Milieu : formation de \(\mathrm{Na^+}\) et \(\mathrm{OH^-}\) ⇒ lessive de soude ; chlore gazeux ; hydrogène gazeux.

6) Calculs types : masse, volume gazeux, durée

  • Masse déposée : \(\displaystyle m=\frac{M}{nF}It\).
  • Volume de gaz (CNTP) : \(\displaystyle V=\nu\,V_m=\frac{It}{nF}\,V_m\) avec \(V_m\simeq 22{,}4\,\mathrm{L\,mol^{-1}}\).
  • Durée pour obtenir \(m\) : \(\displaystyle t=\frac{nF}{M}\,\frac{m}{I}\).

Exemple : dépôt de \(m=1{,}27\,\mathrm{g}\) de Cu (\(M=63{,}5\), \(n=2\)) sous \(I=2{,}0\,\mathrm{A}\). \(t=\dfrac{nF}{M}\,\dfrac{m}{I}=\dfrac{2\times96485}{63{,}5}\dfrac{1{,}27}{2}\approx 1920\,\mathrm{s}\approx 32\,\mathrm{min}\).

7) Sécurité, environnement et applications

  • Gaz : \(\mathrm{H_2}\) (inflammable), \(\mathrm{O_2}\) (comburant), \(\mathrm{Cl_2}\) (toxique). Ventiler, éviter les étincelles.
  • pH et projections : port de lunettes, gants ; neutraliser les effluents selon protocole.
  • Applications : galvanoplastie, raffinage du cuivre, production d’aluminium (fusion, procédé Hall-Héroult — hors programme détaillé), traitement de surface, synthèses électrochimiques.

8) Erreurs fréquentes

  • Confondre polarités : en électrolyse anode = +, cathode = −.
  • Négliger l’eau comme réactif aux électrodes en solution aqueuse.
  • Oublier le nombre d’électrons \(n\) dans Faraday.
  • Utiliser \(V_m=24\,\mathrm{L\,mol^{-1}}\) (valeur non CNTP) sans préciser les conditions.

9) Exercices Bac (12) — solutions détaillées

Ex.1 — Demi-équations (CuSO4, électrodes inertes)

Donner les demi-équations aux deux électrodes et la réaction globale.

Cathode : \(\mathrm{Cu^{2+}}+2e^-\to \mathrm{Cu(s)}\).

Anode : \(2\mathrm{H_2O}\to \mathrm{O_2}+4\mathrm{H^+}+4e^-\).

Équilibrer \(e^-\) : multiplier la cathode par 2 ⇒ globale : \(2\mathrm{Cu^{2+}}+2\mathrm{H_2O}\to 2\mathrm{Cu}+\mathrm{O_2}+4\mathrm{H^+}\).

Ex.2 — Masse déposée (Cu)

\(I=1{,}50\,\mathrm{A}\), \(t=30\,\mathrm{min}\). Calculer \(m_{\rm Cu}\) déposé (Cu\(^{2+}\)/Cu, \(M=63{,}5\), \(n=2\)).

\(Q=I t=1{,}50\times 1800=2700\,\mathrm{C}\).

\(m=\dfrac{M}{nF}Q=\dfrac{63{,}5}{2\times 96485}\times 2700\approx 0{,}89\,\mathrm{g}\).

Ex.3 — Durée pour obtenir 2,0 g de Cu

Avec \(I=2{,}0\,\mathrm{A}\). Données : comme Ex.2. Trouver \(t\).

\(t=\dfrac{nF}{M}\dfrac{m}{I}=\dfrac{2\times96485}{63{,}5}\dfrac{2{,}0}{2{,}0}\approx 3040\,\mathrm{s}\approx 50{,}7\,\mathrm{min}\).

Ex.4 — Volume de H2 (CNTP)

Électrolyse acide, \(I=0{,}80\,\mathrm{A}\), \(t=40\,\mathrm{min}\). Volume de \(\mathrm{H_2}\) (CNTP, \(V_m=22{,}4\)) ? Demi-équation : \(2\mathrm{H^+}+2e^-\to \mathrm{H_2}\).

\(Q=1920\,\mathrm{C}\). \(\nu=\dfrac{Q}{nF}=\dfrac{1920}{2\times 96485}\approx 9{,}95\times 10^{-3}\,\mathrm{mol}\).

\(V=\nu V_m\approx 0{,}00995\times 22{,}4\approx 0{,}223\,\mathrm{L}\).

Ex.5 — Sélectivité à la cathode (Zn2+ vs H2O)

En solution aqueuse de ZnSO\(_4\), prévoir si Zn(s) se dépose ou si \(\mathrm{H_2}\) se dégage.

La réduction de l’eau est souvent plus facile (surpotentiel, pH) que la réduction de Zn\(^{2+}\) ⇒ dégagement d’\(\mathrm{H_2}\) probable sur électrode inerte. Dépôt de Zn favorisé en milieux spécifiques (ammoniacal, non aqueux, électrode adaptée).

Ex.6 — Anode inerte en solution de NaCl

Prévoir le gaz principal à l’anode : \(\mathrm{Cl_2}\) ou \(\mathrm{O_2}\)?

Selon concentrations et surtensions, \(\mathrm{Cl^-}\) s’oxyde préférentiellement ⇒ \(\mathrm{Cl_2}\). L’oxydation de l’eau peut concurrencer selon pH et électrode.

Ex.7 — Raffinage électrolytique du Cu

Écrire les demi-équations et expliquer le transfert de cuivre de l’anode impure à la cathode.

Anode : \(\mathrm{Cu}\to \mathrm{Cu^{2+}}+2e^-\). Cathode : \(\mathrm{Cu^{2+}}+2e^-\to \mathrm{Cu}\). Les impuretés insolubles tombent (boue anodique). Le cuivre pur se dépose sur la cathode.

Ex.8 — Loi de Faraday (généralisation)

Montrer que pour un gaz \(\mathrm{X_2}\) formé par échange de \(n=2\) électrons, \(\displaystyle V=\dfrac{It}{2F}V_m\).

\(\nu=\dfrac{It}{nF}\). Pour \(n=2\), \(V=\nu V_m=\dfrac{It}{2F}V_m\).

Ex.9 — Courbe m=f(t)

À intensité constante, quelle forme prend \(m(t)\) ? Quelle information donne la pente ?

Relation linéaire \(m(t)=\dfrac{M}{nF} I t\). Pente \(=\dfrac{M}{nF}I\).

Ex.10 — Polarités et sens des électrons

Dans l’électrolyse : qui est au \(+\) ? où vont les électrons ?

Anode au \(+\), cathode au \(−\). Les électrons du générateur arrivent à la cathode, puis repartent de l’anode vers le générateur.

Ex.11 — Électrolyse de l’eau neutre

Pourquoi ajoute-t-on un électrolyte (acide/base/sel) ?

L’eau pure conduit très mal (peu d’ions). On ajoute un électrolyte pour augmenter la conductivité et permettre un courant mesurable.

Ex.12 — Dimensionnement d’un procédé

On souhaite produire \(5{,}0\,\mathrm{L}\) de \(\mathrm{H_2}\) (CNTP) par électrolyse en \(t=1{,}0\,\mathrm{h}\). Quelle intensité minimale (n=2) ?

\(\nu=\dfrac{V}{V_m}=5/22{,}4=0{,}223\,\mathrm{mol}\). \(Q=nF\nu=2\times96485\times0{,}223\approx 43000\,\mathrm{C}\).

\(I=Q/t=43000/3600\approx 12\,\mathrm{A}\).

10) Mini-fiche récapitulative

  • Électrolyse = réaction redox forcée (anode \(+\), cathode \(−\)).
  • Lois de Faraday : \(m=\dfrac{M}{nF}It\), \(V=\dfrac{It}{nF}V_m\).
  • Sélectivité : compétition avec l’eau, surtensions, nature électrode.
  • Exemples : \(\mathrm{CuSO_4}\) (dépôt Cu), eau (H\(_2\)+O\(_2\)), saumure (Cl\(_2\), H\(_2\), NaOH).

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