La granitisation et sa relation avec le métamorphisme
1) Introduction : granite, granitisation et métamorphisme
Dans le programme de SVT du 2e Bac Sciences Physiques, le chapitre « La granitisation et sa relation avec le métamorphisme » prolonge l’étude des chaînes de montagnes et de la tectonique des plaques. Il montre comment les roches de la croûte continentale, soumises à des conditions extrêmes de pression et de température, peuvent fondre partiellement et donner naissance aux granites.
Le granite est une roche magmatique plutonique (issue d’un magma refroidi en profondeur) riche en quartz, feldspaths et micas. La granitisation désigne l’ensemble des processus qui transforment des roches préexistantes (souvent métamorphiques) en magmas granitiques par fusion partielle, puis en massifs granitiques après mise en place et cristallisation.
La granitisation est donc étroitement liée au métamorphisme : ce sont souvent les roches métamorphiques de la croûte continentale (gneiss, migmatites…) qui, en atteignant des températures suffisamment élevées, commencent à fondre et produisent des magmas granitiques.
Pour le Bac, il faut être capable de : définir le granite et la granitisation, expliquer le rôle de la fusion partielle, et montrer le lien entre métamorphisme, granitisation et tectonique des plaques dans les chaînes de montagnes.
2) Rappels : métamorphisme et roches de haute température
2.1) Métamorphisme et domaines P–T
Lors du métamorphisme, les roches restent à l’état solide mais leurs minéraux se réorganisent pour s’adapter à de nouvelles conditions de pression et de température. Lorsque les températures deviennent très élevées (proches du domaine de fusion), on parle de métamorphisme de haute température.
- À faible profondeur : diagenèse, puis métamorphisme faible.
- À plus grande profondeur : métamorphisme de plus en plus intense (schistes, gneiss…).
- Si la température continue d’augmenter, on atteint le domaine de la fusion partielle de la croûte : étape clé de la granitisation.
2.2) Gneiss et migmatites : roches de transition
Les gneiss sont des roches métamorphiques à haute température, dérivées de granites ou de roches sédimentaires très métamorphisées, montrant une structure en bandes claires et foncées. Les migmatites sont des roches mixtes, montrant à la fois des parties métamorphiques et des veines de matériau fondu, témoignant d’une fusion partielle en cours.
Les migmatites constituent une étape importante entre la roche métamorphique solide et le magma granitique véritable.
3) Le granite : composition, texture et caractéristiques
3.1) Une roche magmatique plutonique acide
Le granite est une roche magmatique plutonique (refroidie en profondeur) de composition dite acide (riche en silice). Il est généralement clair, à gros cristaux visibles à l’œil nu.
- Texture grenue : tous les minéraux sont cristallisés, sans verre.
- Minéraux principaux :
- Quartz (transparent/gris) ;
- Feldspaths (clairs, souvent roses ou blancs) ;
- Micas (biotite sombre, muscovite claire).
3.2) Mise en place en profondeur : plutons granitiques
Les granites se mettent en place sous forme de plutons (grands corps magmatiques) injectés dans la croûte. Avec le temps, la surrection de la chaîne et l’érosion peuvent mettre ces plutons à jour en surface, où ils apparaissent sous forme de massifs granitiques.
| Type de roche | Origine | Texture | Minéraux principaux |
|---|---|---|---|
| Basalte | Magmatique volcanique | Microlitique (petits cristaux + verre) | Plagioclases, pyroxènes, olivine |
| Andésite | Magmatique volcanique | Porphyrique | Plagioclases, amphiboles, biotite |
| Granite | Magmatique plutonique | Grenue (gros cristaux) | Quartz, feldspaths, micas |
4) Origine des granites : fusion partielle et granitisation
4.1) Fusion partielle de la croûte continentale
La fusion partielle est le processus par lequel seule une partie d’une roche commence à fondre, tandis qu’une autre partie reste solide. Le liquide produit est généralement plus riche en silice que la roche de départ.
Dans les racines des chaînes de montagnes, la croûte continentale est épaissie, comprimée et fortement chauffée. Les roches métamorphiques (gneiss…) peuvent alors dépasser le domaine du métamorphisme solide et entrer dans celui de la fusion partielle.
- Les parties les plus fusibles (riches en quartz et feldspaths) fondent en premier.
- On obtient un liquide granitique qui se sépare de la partie solide résiduelle.
4.2) De la migmatite au pluton granitique
Au cours de la granitisation, on peut observer des roches intermédiaires :
- Migmatite : mélange de paléosome (partie solide résiduelle) et de néosome (veines de liquide granitique solidifié).
- Pluton granitique : lorsque le liquide granitique migre et s’accumule, il forme un corps magmatique qui cristallise en profondeur.
5) Granitisation, chaînes de montagnes et métamorphisme
5.1) Racines profondes des chaînes de collision
Dans une chaîne de collision (Alpes, Himalaya…), la croûte continentale est épaissie par la convergence des plaques. Dans les parties profondes de cette croûte épaissie :
- les roches subissent un métamorphisme croissant (schistes → gneiss) ;
- les températures peuvent dépasser le seuil de fusion partielle ;
- des migmatites et des magmas granitiques se forment.
5.2) Mise en place des granites et exhumation
Les magmas granitiques produits :
- peuvent s’accumuler en plutons dans la croûte ;
- refroidissent lentement pour donner des granites à texture grenue ;
- peuvent être mis à jour en surface lorsque la chaîne se soulève (surrection) et que l’érosion enlève les couches sus-jacentes.
Dans de nombreuses chaînes de montagnes, les massifs granitiques observés aujourd’hui représentent l’ancien cœur chaud de la chaîne, où la granitisation s’est produite en profondeur.
6) Granitisation, métamorphisme et tectonique des plaques
6.1) Convergence et collision continentale
La granitisation est directement liée à la tectonique des plaques, en particulier aux contextes de convergence :
- la convergence de deux plaques continentales entraîne la collision et l’épaississement de la croûte ;
- les roches profondes sont soumises à des pressions et températures élevées, ce qui provoque le métamorphisme puis la fusion partielle ;
- des granites se forment alors dans les racines de la chaîne.
6.2) Subduction et génération de magmas granitiques
En contexte de subduction, les fluides libérés par la plaque océanique plongeante modifient les conditions de fusion du manteau et de la croûte, favorisant :
- la formation de magmas andésitiques et dacitiques ;
- la création de croûte continentale plus siliceuse ;
- à terme, la mise en place de massifs granitiques dans les zones continentales sus-jacentes.
Pour le Bac, il suffit de retenir que la granitisation est un résultat direct des mouvements de plaques (subduction, collision) qui provoquent le métamorphisme et la fusion partielle de la croûte continentale.
7) Exemple simplifié et cas du Maroc
7.1) Exemple schématique d’une croûte épaissie
Dans un modèle simplifié de chaîne de collision :
- les roches superficielles sont sédimentaires ou faiblement métamorphiques ;
- à plus grande profondeur, on trouve des gneiss et des migmatites ;
- au centre, un noyau granitique s’est formé par granitisation.
7.2) Cas du Maroc (aperçu)
Au Maroc, certaines régions (par exemple des parties du Massif hercynien, de l’Anti-Atlas ou d’autres unités anciennes) montrent :
- des massifs granitiques importants, témoignant d’anciens épisodes de granitisation ;
- des roches métamorphiques (gneiss, schistes) associées à ces granites ;
- une évolution liée à des phases orogéniques anciennes (anciennes chaînes de montagnes) et donc à la tectonique des plaques.
Le détail dépasse le niveau du Bac, mais l’idée essentielle est que la présence conjointe de roches métamorphiques et de granites est la signature d’une histoire de métamorphisme et de granitisation dans un contexte de tectonique de plaques.
8) Exercices d’application (10) avec solutions détaillées
Exercice 1 — Définition de granite et de granitisation
1. Donner une définition du granite adaptée au niveau 2e Bac.
2. Expliquer ce que l’on entend par « granitisation » en géologie.
1. Le granite est une roche magmatique plutonique (refroidie en profondeur) de composition acide, riche en silice, constituée principalement de quartz, feldspaths et micas. Sa texture est grenue (gros cristaux visibles).
2. La granitisation est l’ensemble des processus par lesquels des roches préexistantes, généralement métamorphiques, subissent une fusion partielle dans la croûte continentale et donnent naissance à des magmas granitiques qui, après refroidissement et cristallisation, forment des massifs granitiques.
Exercice 2 — Granite vs roche métamorphique
Citer deux différences essentielles entre un granite et un gneiss sur le plan :
- a) de la texture ;
- b) de l’origine (mode de formation).
a) Texture : Le granite présente une texture grenue massive, sans foliation marquée, avec des cristaux grossiers dispersés. Le gneiss présente une texture rubanée (bandes claires et foncées) et une foliation due à l’orientation des minéraux.
b) Origine : Le granite est une roche magmatique plutonique issue de la cristallisation d’un magma granitique. Le gneiss est une roche métamorphique formée par transformation à l’état solide d’une roche préexistante (granite, roche sédimentaire, etc.) sous l’effet de fortes pressions et températures.
Exercice 3 — Fusion partielle et composition du magma
1. Expliquer en quelques lignes ce qu’est la fusion partielle d’une roche.
2. Pourquoi le liquide issu de la fusion partielle de la croûte continentale est-il
généralement de composition granitique (riche en silice) ?
1. La fusion partielle correspond au cas où seule une partie des constituants d’une roche fond, tandis que le reste demeure solide. Les minéraux ne possèdent pas tous la même température de fusion : certains fondent plus facilement que d’autres.
2. Dans la croûte continentale, les minéraux riches en silice (quartz, feldspaths) sont parmi les plus fusibles. Lors de la fusion partielle, ce sont donc eux qui passent en premier dans le liquide, qui devient ainsi riche en silice. Le magma produit a alors une composition voisine de celle d’un magma granitique.
Exercice 4 — De la migmatite au pluton granitique
On observe dans une chaîne de montagnes des roches montrant à la fois une structure métamorphique (gneiss) et des veines claires interprétées comme du matériel fondu. 1. Nommer ce type de roche. 2. Expliquer en quoi cette roche est une étape vers la formation d’un pluton granitique.
1. Ce type de roche est une migmatite.
2. La migmatite témoigne d’une fusion partielle en cours : la partie solide (paléosome) est constituée de gneiss, tandis que les veines claires (néosome) représentent un liquide granitique solidifié. Si cette fusion partielle se poursuit et si le liquide se sépare suffisamment du résidu solide, il peut migrer et s’accumuler en un pluton granitique qui cristallisera en profondeur. La migmatite est donc une étape intermédiaire entre le gneiss et le granite.
Exercice 5 — Granitisation et chaînes de montagnes
Expliquer, en s’appuyant sur les notions de convergence et d’épaississement de la croûte, pourquoi les massifs granitiques sont fréquents au cœur des grandes chaînes de montagnes.
Dans les zones de convergence continentale, la croûte est épaissie par la collision des plaques. Les roches profondes sont soumises à de très fortes pressions et à des températures élevées. Cette situation favorise d’abord le métamorphisme (formation de gneiss), puis, si la température franchit le seuil de fusion de certains minéraux, la fusion partielle de la croûte. Le liquide produit, de composition granitique, migre et s’accumule en plutons qui cristallisent en granite. On trouve donc fréquemment des massifs granitiques au cœur des chaînes, correspondant au noyau chaud issu de la granitisation.
Exercice 6 — Lecture d’un document (profils P–T)
Un document présente un chemin pression–température (P–T) d’une roche de croûte continentale qui montre successivement les domaines suivants : schiste, gneiss, migmatite, puis granite. 1. Que signifie ce chemin P–T pour l’histoire de la roche ? 2. Relier ces étapes à la notion de granitisation.
1. Le chemin P–T indique que la roche a été progressivement enfouie (augmentation de la pression) et chauffée (augmentation de la température). Elle a d’abord atteint le domaine du métamorphisme (schiste, puis gneiss), puis celui de la fusion partielle (migmatite), et enfin le domaine du magma granitique (granite).
2. Ce chemin P–T illustre la granitisation : la roche initiale (par exemple sédimentaire) métamorphisée en schiste puis en gneiss finit, sous l’effet de la hausse de température, par fondre partiellement (migmatite). Le liquide produit se différencie et forme un magma de composition granitique, à l’origine de la roche granitique finale.
Exercice 7 — Subduction et production de roches granitiques
Résumer en quelques lignes comment une zone de subduction peut conduire à la formation de roches granitiques au niveau de la croûte continentale.
En zone de subduction, la plaque océanique plonge en profondeur, se déshydrate et libère des fluides qui abaissent la température de fusion du manteau sus-jacent. Il se forme des magmas andésitiques ou dacitiques qui peuvent s’accumuler à la base de la croûte continentale et la chauffer. Cette surchauffe, combinée à l’épaississement crustal lié à la convergence, peut provoquer la fusion partielle de la croûte continentale et la granitisation. Ainsi, la subduction, par ses effets thermiques et mécaniques, contribue indirectement à la formation de granites dans la croûte continentale.
Exercice 8 — Relation granites / métamorphisme sur le terrain
Sur un affleurement, on observe au centre un massif granitique, entouré de gneiss puis de schistes. 1. Comment interpréter cette disposition sur le plan de l’intensité du métamorphisme ? 2. Quel lien peut-on faire entre ce massif granitique central et la granitisation ?
1. L’intensité du métamorphisme augmente généralement vers l’intérieur : les schistes correspondent à un métamorphisme relativement faible, les gneiss à un métamorphisme plus intense, et la présence de granite au centre indique des conditions encore plus élevées, au point d’atteindre la fusion partielle et la formation d’un magma.
2. Le massif granitique central représente très probablement un pluton issu de la granitisation : les roches métamorphiques environnantes (gneiss, schistes) ont été soumises à de fortes pressions et températures ; en profondeur, elles ont commencé à fondre partiellement, produisant un magma granitique qui s’est accumulé au centre de la zone avant de cristalliser en granite.
Exercice 9 — QCM rapide
Pour chaque affirmation suivante, indiquer si elle est vraie ou fausse, puis corriger les affirmations fausses.
- Le granite se forme toujours à partir de la fusion du manteau terrestre.
- La présence de migmatites indique que la croûte est en train de subir une fusion partielle.
- La granitisation ne peut se produire qu’en contexte de divergence des plaques.
- Les massifs granitiques observés en surface peuvent correspondre à d’anciens plutons formés en profondeur.
1. Faux. Le granite se forme principalement par fusion partielle de la croûte continentale, pas directement à partir du manteau (qui donne plutôt des magmas basiques comme le basalte).
2. Vrai. Les migmatites sont précisément des roches témoignant d’une fusion partielle en cours dans la croûte.
3. Faux. La granitisation est surtout associée aux contextes de convergence et de collision, où la croûte s’épaissit et se réchauffe. Elle n’est pas limitée aux zones de divergence.
4. Vrai. Les massifs granitiques visibles en surface sont souvent des plutons anciens exhumés par la surrection et l’érosion des chaînes de montagnes.
Exercice 10 — Paragraphe de synthèse
Rédiger un paragraphe de 12 à 15 lignes montrant en quoi la granitisation est une conséquence du métamorphisme de haute température dans les chaînes de montagnes et une preuve du fonctionnement de la tectonique des plaques.
Dans les grandes chaînes de montagnes issues de la convergence des plaques, la croûte continentale est épaissie et profondément enfouie. Les roches situées dans les racines de la chaîne subissent un métamorphisme de plus en plus intense, jusqu’à atteindre des conditions de haute température où certaines parties de la croûte commencent à fondre partiellement. Cette fusion partielle produit des magmas granitiques issus de la croûte, qui s’accumulent en profondeur sous forme de plutons. Après refroidissement, ces plutons deviennent des massifs granitiques, parfois exhumés en surface par la surrection et l’érosion de la chaîne. La présence conjointe de roches métamorphiques (gneiss, migmatites) et de granites au cœur des chaînes constitue donc une preuve que la croûte a été soumise à un métamorphisme de haute température suivi d’une granitisation. Cela confirme le rôle des mouvements de plaques (subduction, collision) dans la production de croûte continentale granitique et illustre le lien étroit entre métamorphisme, granitisation et tectonique des plaques.
9) Bilan pour le Bac — La granitisation et sa relation avec le métamorphisme
- Le granite est une roche magmatique plutonique, riche en quartz, feldspaths et micas, à texture grenue.
- La granitisation résulte de la fusion partielle de la croûte continentale, généralement à partir de roches métamorphiques (gneiss, migmatites), dans les racines des chaînes de montagnes.
- Le métamorphisme de haute température constitue une étape préalable à la granitisation : lorsque la température augmente au-delà du domaine de stabilité solide, une partie de la roche fond et produit un magma granitique.
- La présence conjointe de gneiss, migmatites et de massifs granitiques dans les chaînes de montagnes est une preuve de l’évolution profonde de la croûte continentale en lien avec la tectonique des plaques.
- Pour l’examen, il faut savoir expliquer, avec un schéma ou un texte, comment convergence, métamorphisme et granitisation s’enchaînent pour construire et transformer les chaînes de montagnes.
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