Économie générale et Statistiques – 2ème Bac
Les dysfonctionnements du marché : l’inflation

Durée indicative : 4–6 heures (cours + exercices) Prérequis : Le marché et La régulation par le marché Objectifs : comprendre la notion d’inflation, ses mesures, ses causes et ses effets

Le marché n’est pas toujours capable d’assurer une régulation parfaite. Certains dysfonctionnements apparaissent, dont l’un des plus importants est l’inflation, c’est-à-dire la hausse durable et généralisée des prix. L’inflation modifie le rôle du prix comme signal, affecte le pouvoir d’achat, la répartition des revenus et peut freiner la croissance économique.

✔ Au Bac, il faut savoir définir l’inflation, la mesurer (indice, taux d’inflation), distinguer ses formes (par la demande, par les coûts…), présenter ses conséquences et le rôle de l’État dans la lutte contre l’inflation.

1. Notion d’inflation et grandes définitions

Inflation. L’inflation est une hausse durable (qui se prolonge dans le temps) et généralisée (qui touche la plupart des biens et services) du niveau général des prix dans une économie.
Caractéristiques de l’inflation
  • Hausse des prix sur plusieurs périodes (mois, années) et non pas une simple variation ponctuelle.
  • Concerne l’ensemble de l’économie, pas seulement un produit isolé.
  • Entraîne une baisse du pouvoir d’achat de la monnaie.
Autres notions à connaître
  • Désinflation : ralentissement de la hausse des prix (l’inflation diminue mais reste positive).
  • Déflation : baisse durable du niveau général des prix (inflation négative).
  • Stagflation (notion d’illustration) : combinaison de stagnation économique et d’inflation élevée.
Ne pas confondre inflation (hausse de tous les prix ou presque) et augmentation du prix d’un seul produit (par exemple le carburant). Au Bac, on insiste sur la dimension globale et durable.

2. Mesure de l’inflation : indice des prix et taux d’inflation

Indice des prix à la consommation (IPC). Indicateur statistique qui mesure l’évolution moyenne des prix d’un « panier » de biens et services consommés par les ménages (alimentation, transport, logement, etc.).
Construction simplifiée de l’IPC
  • Choix d’un panier de consommation représentatif.
  • Observation des prix à une année de base (indice 100).
  • Comparaison des prix au fil du temps pour calculer l’indice de chaque année (par ex. 103, 110…).
Taux d’inflation (formule)
  • Taux d’inflation d’une année N :
    taux d’inflation = [(IPCN − IPCN−1) / IPCN−1] × 100
  • Si l’IPC passe de 100 à 110 : taux d’inflation = (110 − 100) / 100 × 100 = 10 %.
AnnéeIPCCalculTaux d’inflation
Année 1 (base)100
Année 2104(104 − 100) / 100 × 1004 %
Année 3109(109 − 104) / 104 × 100≈ 4,8 %

3. Types d’inflation (par la demande, par les coûts, importée…)

Inflation par la demande
  • La demande globale (consommation, investissement, dépenses publiques, exportations) augmente plus vite que l’offre.
  • Les entreprises n’arrivent pas à suivre : tension sur les capacités de production.
  • Les prix augmentent car « trop d’argent poursuit trop peu de biens ».
  • Ex : forte hausse de la demande de logements dans une ville, prix immobiliers qui s’envolent.
Inflation par les coûts
  • Les coûts de production augmentent : salaires, matières premières, énergie, impôts…
  • Les entreprises répercutent ces hausses sur les prix de vente.
  • Ex : augmentation importante du prix du pétrole → hausse des coûts de transport → hausse des prix de nombreux produits.
Inflation importée
  • Provoquée par la hausse des prix des produits importés (pétrole, produits alimentaires…).
  • Plus forte lorsque le pays est très dépendant de l’extérieur et que sa monnaie se déprécie.
  • Les entreprises qui utilisent ces produits importés augmentent leurs prix → inflation interne.
Inflation structurelle (niveau Bac simplifié)
  • Résulte de déséquilibres durables dans certains secteurs (offre rigide, productivité faible…).
  • Par exemple, si la production agricole reste insuffisante alors que la population augmente.
  • Cela pousse régulièrement certains prix à la hausse.

4. Causes de l’inflation : synthèse

On résume souvent les causes de l’inflation en trois grands groupes : demande excessive, hausse des coûts et facteurs monétaires et budgétaires.
Facteurs de demande
  • Hausse forte de la consommation des ménages (crédit facile, hausse des revenus…).
  • Investissement massif des entreprises.
  • Hausse des dépenses publiques (politique budgétaire expansionniste).
  • Augmentation de la demande extérieure (exportations).
Facteurs de coûts / monétaires
  • Augmentation des salaires non compensée par des gains de productivité.
  • Hausse des prix des matières premières (pétrole, blé…).
  • Hausse de la masse monétaire (crédit trop abondant) sans hausse correspondante de la production.
  • Dépréciation de la monnaie nationale → renchérissement des importations.

5. Conséquences économiques et sociales de l’inflation

Conséquences sur les ménages
  • Diminution du pouvoir d’achat si les revenus n’augmentent pas au même rythme que les prix.
  • Les ménages à revenu fixe (retraités, salariés non indexés) sont les plus touchés.
  • L’épargne placée à taux d’intérêt faible est érodée par l’inflation.
Conséquences sur les entreprises
  • Incertitude sur l’évolution des coûts et des prix → difficulté pour investir et planifier.
  • Si les coûts augmentent plus vite que les prix de vente, les marges diminuent.
  • Possibles distorsions entre secteurs : certains profitent de la hausse des prix, d’autres la subissent.
Effets macroéconomiques
  • Redistribution de richesse entre débiteurs (qui gagnent) et créanciers (qui perdent) si les taux d’intérêt ne suivent pas l’inflation.
  • Perte de compétitivité si les prix intérieurs augmentent plus vite que ceux des concurrents étrangers.
  • Risque de fuite vers les monnaies fortes et de baisse de confiance dans la monnaie nationale.

6. Inflation et dysfonctionnements du marché

Pourquoi l’inflation est-elle un dysfonctionnement ? Parce qu’elle perturbe le rôle du prix comme signal et comme rationneur, complique les décisions des agents et peut conduire à une répartition injuste des revenus.
Perte de clarté des signaux de prix
  • Quand tous les prix augmentent, il devient difficile de distinguer les vraies raretés des simples effets de l’inflation.
  • Les entreprises peuvent investir dans des secteurs qui ne sont pas réellement les plus rentables.
  • Les consommateurs sont désorientés dans leurs choix.
Illusion monétaire et contrats
  • Les agents regardent parfois seulement les montants nominals (en dirhams) et non le pouvoir d’achat réel.
  • Un salaire qui augmente de 3 % alors que l’inflation est de 5 % correspond en réalité à une baisse de salaire réel.
  • Les contrats à long terme deviennent incertains si l’inflation est mal anticipée.

7. Lutte contre l’inflation : rôle de l’État et de la banque centrale

Le Bac n’entre pas dans le détail de toutes les politiques, mais il faut comprendre l’idée générale : pour lutter contre l’inflation, les autorités cherchent à freiner la demande excessive ou à maîtriser les coûts.
Politique monétaire (banque centrale)
  • Agit sur la masse monétaire et les taux d’intérêt.
  • Pour freiner l’inflation : hausse des taux d’intérêt → crédit plus cher → ralentissement de la demande.
  • Objectif : maintenir une inflation modérée compatible avec la croissance.
Politique budgétaire et autres mesures
  • Réduction du déficit public pour éviter de stimuler trop fortement la demande globale.
  • Mesures de maîtrise des coûts (subventions ciblées, politiques de revenus, soutien à la productivité).
  • Cadres de négociation entre partenaires sociaux pour éviter la spirale salaires-prix.
En résumé
  • Une inflation modérée et maîtrisée peut être compatible avec la croissance.
  • Une inflation forte et instable est un dysfonctionnement du marché et un risque pour la stabilité économique.

8. Exemple simplifié : hausse du prix du pétrole et inflation

Scénario simplifié. Imaginons une forte hausse du prix du pétrole sur le marché mondial. Pour un pays importateur :
Chaîne de transmission
  • Hausse du prix du pétrole importé → augmentation des coûts de transport et de production.
  • Les entreprises répercutent ces hausses sur leurs prix de vente.
  • Les prix des biens transportés (alimentation, biens de consommation…) augmentent.
  • On observe une inflation par les coûts et une composante d’inflation importée.
Réactions possibles
  • Mesures de soutien ciblées pour les ménages les plus vulnérables.
  • Politiques favorisant l’efficacité énergétique et la diversification des sources d’énergie.
  • Suivi attentif de l’inflation par la banque centrale pour adapter la politique monétaire.

9. Exercices (12) — Dysfonctionnements du marché : l’inflation

Exercice 1 — Définitions de base

1) Définir l’inflation. 2) Distinguer inflation, désinflation et déflation.

1) L’inflation est une hausse durable et généralisée du niveau général des prix dans une économie. 2) L’inflation correspond à une hausse des prix, la désinflation est un ralentissement de cette hausse (l’inflation diminue mais reste positive), alors que la déflation est une baisse durable du niveau général des prix (inflation négative).
Exercice 2 — Calcul de taux d’inflation

On dispose des données suivantes : Année 1 : IPC = 100 Année 2 : IPC = 105 Année 3 : IPC = 111 1) Calculer le taux d’inflation entre l’année 1 et l’année 2. 2) Calculer le taux d’inflation entre l’année 2 et l’année 3.

1) Taux d’inflation entre 1 et 2 = (105 − 100) / 100 × 100 = 5 %. 2) Taux d’inflation entre 2 et 3 = (111 − 105) / 105 × 100 = 6 / 105 × 100 ≈ 5,7 % (arrondi).
Exercice 3 — Types d’inflation

Classer chaque situation dans la catégorie appropriée : inflation par la demande, par les coûts ou importée. a) Une forte hausse des salaires alors que la productivité reste stable. b) Hausse globale de la consommation des ménages grâce au crédit facile. c) Augmentation importante du prix du pétrole importé.

a) Inflation par les coûts : les coûts salariaux augmentent et sont répercutés sur les prix de vente. b) Inflation par la demande : la demande globale augmente plus vite que l’offre disponible. c) Inflation importée (et aussi par les coûts) : le renchérissement d’un produit importé se diffuse à l’ensemble de l’économie.
Exercice 4 — Vrai / Faux motivé

(a) Une hausse du prix d’un seul produit suffit pour parler d’inflation. (b) L’inflation diminue toujours le pouvoir d’achat de la monnaie. (c) Une inflation totalement imprévisible rend les décisions économiques plus difficiles.

(a) Faux : l’inflation concerne le niveau général des prix, pas seulement un produit isolé. (b) Vrai : si les prix augmentent, une même somme d’argent permet d’acheter moins de biens et services. (c) Vrai : lorsque l’inflation est imprévisible, les entreprises et les ménages ont du mal à planifier l’épargne, l’investissement et les contrats de long terme.
Exercice 5 — Salaire nominal et salaire réel

Un salarié voit son salaire passer de 4 000 à 4 200 dirhams par mois. Dans le même temps, l’inflation est de 6 %. 1) Le salaire nominal a-t-il augmenté ou diminué ? 2) Le pouvoir d’achat (salaire réel) du salarié a-t-il augmenté ou diminué ? Justifier.

1) Le salaire nominal a augmenté de 200 dirhams, soit +5 %. 2) L’inflation est de 6 %, supérieure à la hausse du salaire nominal (5 %). Le salaire réel a donc diminué : malgré une hausse en dirhams, le salarié peut acheter moins de biens et services qu’avant.
Exercice 6 — Gagnants et perdants de l’inflation

Expliquer en quelques lignes pourquoi, en période d’inflation non anticipée, les débiteurs peuvent être avantagés par rapport aux créanciers.

En période d’inflation non anticipée, les débiteurs remboursent leurs dettes avec une monnaie qui a moins de valeur (pouvoir d’achat diminué). La valeur réelle de la dette diminue donc pour eux. À l’inverse, les créanciers récupèrent un montant nominal identique, mais qui permet d’acheter moins de biens et services : ils sont perdants. L’inflation provoque une redistribution en faveur des débiteurs.
Exercice 7 — Dysfonctionnement du signal prix

Montrer, en 5–6 lignes, comment une inflation forte peut perturber le rôle du prix comme signal pour les entreprises.

Quand l’inflation est forte, beaucoup de prix augmentent en même temps. Pour une entreprise, il devient difficile de savoir si la hausse du prix d’un bien reflète une vraie augmentation de la demande ou simplement l’inflation générale. Les signaux de rentabilité sont brouillés : l’entreprise peut investir dans un secteur où la demande n’augmente pas réellement, ou au contraire négliger un secteur porteur. L’inflation perturbe donc le rôle du prix comme signal fiable.
Exercice 8 — Inflation par la demande

Une politique budgétaire très expansionniste augmente fortement les dépenses publiques et stimule la consommation. Expliquez comment cela peut conduire à une inflation par la demande.

L’augmentation des dépenses publiques et de la consommation élève la demande globale de biens et services. Si l’offre ne peut pas suivre (capacité de production limitée, délais pour investir), cette demande supplémentaire crée des tensions sur les marchés. Les entreprises répondent en augmentant les prix. On observe alors une inflation par la demande : la hausse des prix résulte d’une demande globale supérieure à l’offre disponible.
Exercice 9 — Inflation importée

Donnez un exemple concret d’inflation importée pour un pays fortement dépendant de l’importation de produits alimentaires ou énergétiques.

Exemple : un pays qui importe la majorité de son blé subit une forte hausse des prix du blé sur le marché mondial. Le coût d’importation augmente, ce qui entraîne une hausse du prix de la farine, puis du pain et d’autres produits alimentaires. Les ménages voient le prix de nombreux produits de base augmenter. Il s’agit d’une inflation importée : la hausse des prix vient d’abord de l’extérieur du pays, puis se diffuse à l’ensemble de l’économie.
Exercice 10 — Lutte contre l’inflation

Citer deux instruments de la politique monétaire et deux instruments de la politique budgétaire pouvant contribuer à la lutte contre une inflation trop élevée.

Politique monétaire : • Augmentation des taux d’intérêt directeurs pour rendre le crédit plus cher et réduire la demande. • Réduction de la masse monétaire en circulation (par exemple en limitant les refinancements). Politique budgétaire : • Réduction ou ralentissement de la croissance des dépenses publiques pour ne pas stimuler excessivement la demande. • Augmentation modérée de certains impôts pour freiner la consommation, tout en veillant aux effets sociaux.
Exercice 11 — Lecture d’un tableau d’IPC

On observe les IPC suivants : 2019 : 100 ; 2020 : 102 ; 2021 : 106. 1) Calculer les taux d’inflation de 2020 et 2021. 2) Dire si on observe de l’inflation, de la désinflation ou de la déflation entre 2019–2020 et entre 2020–2021.

1) 2019–2020 : (102 − 100) / 100 × 100 = 2 %. 2020–2021 : (106 − 102) / 102 × 100 ≈ 3,9 %. 2) Dans les deux cas, les taux sont positifs : il y a de l’inflation. De plus, le taux passe de 2 % à environ 3,9 %, donc l’inflation augmente : ce n’est pas une désinflation, ni une déflation.
Exercice 12 — Rédaction de synthèse

En 10–12 lignes, montrez que l’inflation est un dysfonctionnement du marché qui justifie l’intervention de l’État.

Exemple de rédaction : L’inflation correspond à une hausse durable et généralisée du niveau général des prix. Elle réduit le pouvoir d’achat de la monnaie et perturbe le rôle du prix comme signal et comme rationneur. Lorsque tous les prix augmentent, les entreprises ont du mal à distinguer les secteurs réellement rentables. Les ménages, surtout ceux à faible revenu, voient leurs conditions de vie se dégrader. L’inflation provoque aussi des transferts de richesse entre débiteurs et créanciers et peut nuire à la compétitivité du pays à l’international. Ce dysfonctionnement du marché justifie l’intervention de l’État et de la banque centrale, qui utilisent des politiques monétaires et budgétaires pour maintenir une inflation modérée, compatible avec la croissance et une certaine stabilité sociale.

10. Synthèse — Points essentiels & erreurs à éviter

Mémo pour le Bac
  • Inflation = hausse durable et généralisée du niveau général des prix.
  • On la mesure avec l’IPC et le taux d’inflation.
  • Principaux types : inflation par la demande, par les coûts, importée.
  • Conséquences : baisse du pouvoir d’achat, incertitude, redistributions, effets sur la compétitivité.
  • Lutte contre l’inflation : politiques monétaire et budgétaire adaptées.
Pièges à éviter
  • Confondre inflation et simple hausse du prix d’un seul produit.
  • Oublier la différence entre inflation, désinflation et déflation.
  • Négliger le rôle de l’inflation dans les dysfonctionnements du marché (signal de prix, inégalités…).
  • Penser que l’inflation est toujours bénéfique : une inflation forte et instable est un risque pour l’économie.