Économie générale et Statistiques – 2ème Bac
La politique monétaire

Durée indicative : 6–8 heures (cours + exercices) Prérequis : La monnaie, Les institutions financières Objectifs : comprendre les objectifs, les instruments et les effets de la politique monétaire

Dans une économie moderne, la monnaie joue un rôle central : elle facilite les échanges, permet d’épargner et de mesurer la valeur. La politique monétaire est l’ensemble des actions de la banque centrale sur la quantité de monnaie et les taux d’intérêt pour atteindre des objectifs comme la stabilité des prix et le soutien à la croissance.

✔ Au niveau Bac, il faut savoir définir la politique monétaire, distinguer ses objectifs, identifier les principaux instruments (taux directeur, réserves obligatoires, open market…), connaître la différence entre politique expansive et restrictive et comprendre, à grands traits, le rôle de Bank Al-Maghrib.

1. Rappels : rôle et formes de la monnaie

Rôle de la monnaie. La monnaie est un instrument d’échange accepté par tous qui remplit trois fonctions principales : intermédiaire des échanges, unité de compte (mesure de la valeur) et réserve de valeur.
Fonctions de la monnaie
  • Intermédiaire des échanges : remplace le troc, simplifie les transactions.
  • Unité de compte : mesure commune de la valeur des biens et services.
  • Réserve de valeur : conserve du pouvoir d’achat dans le temps.
Formes principales
  • Monnaie fiduciaire : billets et pièces.
  • Monnaie scripturale : dépôts à vue sur les comptes bancaires, accessibles par chèques, cartes, virements.
  • La quasi-monnaie : dépôts d’épargne, comptes à terme (liquidité moins immédiate).

2. Définition et objectifs de la politique monétaire

Définition. La politique monétaire est l’ensemble des actions par lesquelles la banque centrale influence la quantité de monnaie et les taux d’intérêt afin d’atteindre des objectifs macroéconomiques : principalement la stabilité des prix et, selon les pays, le soutien à la croissance et à l’emploi.
Objectif Description Indicateurs
Stabilité des prix Limiter l’inflation excessive et éviter la déflation. Taux d’inflation (évolution de l’IPC).
Soutien à l’activité Favoriser une croissance stable et un niveau d’emploi satisfaisant. PIB réel, taux de chômage (indirectement).
Stabilité financière Assurer le bon fonctionnement du système bancaire et des marchés financiers. Indicateurs de solvabilité, liquidité, stabilité bancaire.
Dans la plupart des pays, la priorité de la politique monétaire est la stabilité des prix : une inflation modérée et prévisible facilite les décisions d’investissement et de consommation.

3. Acteurs : banque centrale et système bancaire

La banque centrale
  • Institution au sommet du système monétaire (au Maroc : Bank Al-Maghrib).
  • Détient le monopole d’émission des billets de banque.
  • Conduit la politique monétaire (taux directeurs, liquidité).
  • Joue le rôle de banquier des banques et de l’État.
Le système bancaire
  • Ensemble des banques commerciales qui collectent l’épargne et distribuent le crédit.
  • Crée de la monnaie scripturale en accordant des crédits (monnaie de banque).
  • Soumis au contrôle et à la réglementation de la banque centrale.
Création monétaire. On parle de création monétaire lorsque les banques accordent des crédits à leurs clients : la somme est inscrite sur un compte, ce qui augmente la quantité de monnaie scripturale en circulation. La banque centrale encadre cette création par ses instruments de politique monétaire.

4. Les instruments principaux de la politique monétaire

Les taux directeurs
  • Taux d’intérêt auxquels la banque centrale prête des fonds aux banques commerciales.
  • Lorsque les taux directeurs baissent, le crédit devient moins cher pour les banques, puis pour les entreprises et les ménages → stimulation de la demande.
  • Lorsque les taux augmentent, le crédit devient plus coûteux → freinage de la demande et de l’inflation.
Les réserves obligatoires
  • Proportion des dépôts que les banques doivent détenir sous forme de réserves (à la banque centrale).
  • Si la banque centrale augmente ce ratio, les banques peuvent moins prêter → freinage de la création monétaire.
  • Si elle le diminue, les banques peuvent accorder plus de crédits → stimulation de la création monétaire.
Les opérations d’open market
  • Achat ou vente de titres (obligations) par la banque centrale sur le marché financier.
  • Achats de titres : la banque centrale injecte de la monnaie dans le système bancaire (plus de liquidités).
  • Ventes de titres : elle retire de la monnaie du système (moins de liquidités).
Autres instruments
  • Plafonds de refinancement des banques.
  • Instruments macroprudentiels (règles de solvabilité, normes sur les crédits…).
  • Communication (orientations futures des taux, objectifs d’inflation).

5. Politique monétaire expansive et restrictive

Type de politique Mesures typiques Effets recherchés Risques
Expansive Baisse des taux directeurs, baisse des réserves obligatoires, achats de titres. Stimuler le crédit, la demande globale, la croissance et l’emploi. Risque d’inflation plus forte, création de bulles sur certains marchés.
Restrictive Hausse des taux directeurs, hausse des réserves, ventes de titres. Freiner le crédit et la demande pour maîtriser l’inflation. Risque de ralentissement économique, hausse du chômage.
Une politique monétaire expansive est généralement utilisée en période de récession ou de croissance faible ; une politique restrictive en période de forte inflation ou de surchauffe.

6. Mécanisme simplifié de transmission de la politique monétaire

Décision de la banque centrale Taux directeurs et liquidité bancaire Taux d’intérêt pour les agents Demande de crédit, investissement, consommation Choix : expansive ou restrictive Hausse ou baisse de la liquidité Taux plus élevés ou plus bas Effet final sur activité et inflation
Mécanisme simplifié : décision de la banque centrale → taux d’intérêt → demande de crédit → activité et inflation.

7. Politique monétaire et inflation

Lien avec l’inflation
  • Une hausse rapide de la masse monétaire peut alimenter l’inflation (plus de monnaie pour une production qui évolue peu).
  • Une politique monétaire restrictive (taux plus élevés, moins de liquidités) freine la demande et peut stabiliser les prix.
  • Une politique trop expansive peut, au contraire, relancer l’inflation.
Objectif de stabilité des prix
  • Une inflation modérée et prévisible rassure les agents économiques.
  • Elle protège le pouvoir d’achat et limite les perturbations dans les contrats et salaires.
  • Beaucoup de banques centrales ont un objectif chiffré d’inflation (cible d’inflation).
Limites. La politique monétaire ne peut pas tout : certaines hausses de prix viennent de chocs externes (pétrole, matières premières). Dans ce cas, augmenter trop fortement les taux d’intérêt peut ralentir l’économie sans faire disparaître la cause de l’inflation.

8. Politique monétaire, croissance et chômage

Effets à court terme
  • Une politique monétaire expansive rend le crédit moins cher → plus d’investissement et de consommation → soutien à la croissance et à l’emploi.
  • Une politique restrictive rend le crédit plus cher → ralentissement de la demande → risque de baisse de la croissance et hausse du chômage.
Arbitrage possible
  • À court terme, il semble y avoir un arbitrage entre inflation et chômage : lutter contre l’inflation peut peser sur l’emploi, et inversement.
  • À long terme, la croissance et l’emploi dépendent surtout de facteurs réels : productivité, innovation, qualité des institutions…
  • La politique monétaire doit donc être coordonnée avec les politiques budgétaires et structurelles.

9. La politique monétaire au Maroc (repères niveau Bac)

Rôle de Bank Al-Maghrib (BAM)
  • Conduit la politique monétaire en fixant le taux directeur.
  • Surveille la liquidité du système bancaire et la stabilité des prix.
  • Contrôle et régule les établissements de crédit.
Contexte marocain (idées simples)
  • Économie ouverte : dépendance à certains prix mondiaux (énergie…).
  • Besoins importants de financement pour les investissements publics et privés.
  • Nécessité de concilier stabilité des prix, soutien à la croissance et stabilité financière.
Pour l’examen, il suffit de retenir les rôles essentiels de BAM : stabilité des prix, conduite de la politique monétaire, supervision du système bancaire.

10. Exercices (12) — La politique monétaire

Exercice 1 — Définitions de base

1) Donner la définition de la politique monétaire. 2) Citer l’institution qui la mène au Maroc. 3) Indiquer deux objectifs principaux de cette politique.

1) La politique monétaire est l’ensemble des actions menées par la banque centrale sur la quantité de monnaie et les taux d’intérêt pour atteindre des objectifs macroéconomiques (stabilité des prix, soutien à la croissance…). 2) Au Maroc, la politique monétaire est conduite par Bank Al-Maghrib, la banque centrale. 3) Deux objectifs principaux : la stabilité des prix (maîtrise de l’inflation) et, dans certaines limites, le soutien à l’activité économique et à l’emploi, ainsi que la stabilité financière.
Exercice 2 — Fonctions de la monnaie

Rappeler les trois fonctions économiques de la monnaie et illustrer chacune d’elles par un exemple concret.

Intermédiaire des échanges : la monnaie remplace le troc. Exemple : un particulier paie ses achats au supermarché avec des billets ou une carte bancaire au lieu de faire du troc. • Unité de compte : la monnaie mesure la valeur des biens et services. Exemple : le prix d’un smartphone est indiqué en dirhams, ce qui permet de le comparer à d’autres biens. • Réserve de valeur : la monnaie permet de transférer du pouvoir d’achat dans le temps. Exemple : un ménage épargne une partie de son revenu sur un compte bancaire pour financer un projet futur.
Exercice 3 — Acteurs de la politique monétaire

1) Expliquer le rôle de la banque centrale dans le système monétaire. 2) Expliquer le rôle des banques commerciales. 3) Montrer comment ces deux types d’acteurs sont liés.

1) La banque centrale se trouve au sommet du système monétaire : elle détient le monopole d’émission des billets, conduit la politique monétaire (taux directeurs, liquidité) et supervise les établissements de crédit. 2) Les banques commerciales collectent l’épargne des ménages et des entreprises, accordent des crédits et gèrent les moyens de paiement. Elles créent de la monnaie scripturale lorsqu’elles octroient des prêts. 3) Les banques commerciales sont dépendantes de la banque centrale pour leur refinancement et doivent respecter ses règles (réserves obligatoires, réglementation). La banque centrale influence ainsi indirectement le volume de crédits et la création monétaire.
Exercice 4 — Taux directeurs

La banque centrale décide de réduire fortement ses taux directeurs. 1) De quel type de politique monétaire s’agit-il ? 2) Quel effet cette décision est-elle censée avoir sur les taux d’intérêt pratiqués par les banques commerciales et sur la demande de crédit ? 3) Quel est l’impact attendu sur l’activité économique ?

1) Il s’agit d’une politique monétaire expansive. 2) En baissant les taux directeurs, la banque centrale rend le refinancement moins coûteux pour les banques. Celles-ci peuvent à leur tour baisser les taux d’intérêt des crédits accordés aux ménages et aux entreprises, ce qui stimule la demande de crédit. 3) La hausse du crédit devrait encourager la consommation (crédit à la consommation, crédits immobiliers) et l’investissement des entreprises, ce qui soutient la croissance et l’emploi.
Exercice 5 — Vrai / Faux motivé

Dire si les affirmations suivantes sont vraies ou fausses, et justifier en une phrase : a) La politique monétaire est décidée par le ministère de l’Économie. b) Une politique monétaire restrictive tend à freiner l’inflation. c) Une politique monétaire expansive rend le crédit plus cher. d) La banque centrale peut utiliser les réserves obligatoires comme instrument de politique monétaire.

a) Faux : la politique monétaire est décidée par la banque centrale, pas par le ministère. b) Vrai : en augmentant les taux d’intérêt et en réduisant la liquidité, la politique restrictive freine la demande et peut limiter l’inflation. c) Faux : une politique expansive rend le crédit moins cher (baisse des taux). d) Vrai : en augmentant ou en diminuant le ratio de réserves obligatoires, la banque centrale influence la capacité des banques à accorder des crédits.
Exercice 6 — Réserves obligatoires

Expliquer en 8–10 lignes comment une hausse du taux de réserves obligatoires impose une limite à la création monétaire par les banques commerciales.

Lorsque la banque centrale augmente le taux de réserves obligatoires, les banques doivent conserver une part plus importante des dépôts de leurs clients sous forme de réserves (à la banque centrale ou dans leurs coffres). Cette part de dépôts ne peut donc pas être prêtée. Les banques disposent de moins de ressources mobilisables pour accorder de nouveaux crédits, ce qui réduit la création de monnaie scripturale. En limitant ainsi la capacité de prêt des banques, la banque centrale peut freiner l’augmentation de la masse monétaire et, par conséquent, la demande globale. Cet instrument est donc utilisé comme un moyen de freiner une création monétaire jugée excessive.
Exercice 7 — Politique expansive ou restrictive ?

Classer les mesures suivantes comme relevant d’une politique monétaire expansive (E) ou restrictive (R) : 1) Augmentation du taux directeur. 2) Diminution du taux de réserves obligatoires. 3) Achat massif de titres par la banque centrale. 4) Vente de titres par la banque centrale.

1) Augmentation du taux directeur → R (restrictive). 2) Diminution du taux de réserves obligatoires → E (expansive). 3) Achat massif de titres → E (expansive, injection de liquidités). 4) Vente de titres → R (restrictive, retrait de liquidités).
Exercice 8 — Politique monétaire et inflation

Un pays connaît une inflation très élevée. 1) Quel type de politique monétaire la banque centrale pourrait-elle adopter ? 2) Décrire deux mesures possibles. 3) Expliquer un risque de ce type de politique pour l’emploi.

1) La banque centrale pourrait adopter une politique monétaire restrictive. 2) Elle peut, par exemple, augmenter ses taux directeurs pour renchérir le crédit et vendre des titres sur le marché afin de retirer des liquidités du système bancaire. Elle peut aussi relever le taux de réserves obligatoires. 3) En rendant le crédit plus coûteux et plus rare, la demande globale (consommation, investissement) peut se réduire. Les entreprises vendent moins, investissent moins et peuvent freiner leurs embauches ou réduire leurs effectifs. Le chômage risque d’augmenter si la politique est trop dure ou maintenue trop longtemps.
Exercice 9 — Étude de cas (crédit immobilier)

Dans un pays, beaucoup de ménages ont emprunté à taux variable pour acheter un logement. La banque centrale décide d’augmenter fortement son taux directeur. 1) Quel sera l’effet sur les mensualités de ces ménages ? 2) Quel impact sur leur consommation ? 3) Quel lien avec la politique monétaire restrictive ?

1) Si les prêts sont à taux variable, la hausse du taux directeur se répercute sur les taux d’intérêt des emprunts : les mensualités des ménages augmentent. 2) Une partie plus importante de leur revenu est consacrée au remboursement du crédit immobilier, ce qui réduit leur revenu disponible pour d’autres dépenses. Leur consommation risque donc de diminuer. 3) Cette situation illustre l’effet d’une politique monétaire restrictive : en augmentant les taux d’intérêt, la banque centrale freine la demande de crédit et la consommation, ce qui peut ralentir l’activité.
Exercice 10 — Rôle de Bank Al-Maghrib

Rédiger un paragraphe de 8–10 lignes présentant le rôle de Bank Al-Maghrib dans la politique monétaire et la stabilité du système financier marocain.

Bank Al-Maghrib (BAM) est la banque centrale du Maroc. Elle détermine et met en œuvre la politique monétaire en fixant notamment le taux directeur, qui influence les taux d’intérêt pratiqués par les banques. Elle surveille la liquidité du système bancaire et la stabilité des prix afin de préserver le pouvoir d’achat de la monnaie. BAM est également chargée de la supervision des établissements de crédit : elle vérifie leur solvabilité, leur gestion des risques et le respect des réglementations. Par ses décisions, elle contribue à la stabilité financière du pays et à la confiance des agents économiques dans la monnaie et le système bancaire.
Exercice 11 — Arbitrage entre inflation et chômage

Montrer en 8–10 lignes qu’une politique monétaire anti-inflation peut avoir des effets négatifs sur l’emploi. Illustrer avec un exemple simple.

Pour lutter contre une inflation trop élevée, la banque centrale peut mener une politique monétaire restrictive : hausse des taux d’intérêt, réduction de la liquidité, resserrement des conditions de crédit. Le crédit devient plus coûteux, ce qui freine la consommation à crédit et l’investissement. Les entreprises vendent moins, ont moins de projets d’expansion et peuvent réduire leurs effectifs ou limiter les embauches. Le chômage peut donc augmenter. Par exemple, si les taux augmentent fortement, les entreprises industrielles peuvent repousser leurs projets d’achat de machines ou d’ouverture de nouveaux sites, ce qui réduit la demande de main-d’œuvre. La politique monétaire doit donc rechercher un équilibre entre stabilité des prix et soutien à l’emploi.
Exercice 12 — Rédaction de synthèse

Rédiger un texte de 12–15 lignes présentant la politique monétaire comme un instrument essentiel de la politique économique, en présentant ses objectifs, ses principaux instruments et ses limites.

Exemple de synthèse : La politique monétaire est un élément central de la politique économique. Elle est menée par la banque centrale, qui agit sur la quantité de monnaie et les taux d’intérêt pour atteindre plusieurs objectifs : la stabilité des prix, le soutien à la croissance et, dans certaines limites, à l’emploi, ainsi que la stabilité financière. Ses principaux instruments sont les taux directeurs, les réserves obligatoires imposées aux banques et les opérations d’open market. En baissant les taux, la banque centrale mène une politique expansive qui stimule le crédit et la demande, mais qui peut alimenter l’inflation. En les augmentant, elle mène une politique restrictive qui freine l’inflation mais peut ralentir l’activité et augmenter le chômage. La politique monétaire doit donc être utilisée avec prudence et en coordination avec les politiques budgétaires et structurelles, car elle ne peut pas à elle seule résoudre tous les problèmes économiques.

11. Synthèse — Points essentiels & erreurs à éviter

Mémo pour le Bac
  • La politique monétaire est menée par la banque centrale.
  • Objectif prioritaire : stabilité des prix, avec effet sur la croissance et l’emploi.
  • Instruments : taux directeurs, réserves obligatoires, open market.
  • Deux orientations : expansive (crédit moins cher) et restrictive (crédit plus cher).
  • La politique monétaire doit être coordonnée avec les politiques budgétaires et structurelles.
Pièges à éviter
  • Confondre la banque centrale avec le gouvernement ou le ministère.
  • Penser que la politique monétaire peut résoudre seule le problème du chômage.
  • Oublier que trop de création monétaire peut entraîner de l’inflation.
  • Confondre politique monétaire expansive avec politique restrictive.